Wainao : les artistes chasseurs et lions

Les artistes expliquent leur travail pour l'énigme "Chasseurs et Lions"

D SAÎSAÎ

Poête, slammeur

D SAÎSAÎ - poête, slammeur

Au début, je n’avais pas forcément une idée précise de ce que j’allais réaliser mais je savais déjà que je ne voulais pas que mon texte prenne la forme d’un récit linéaire.

 

Le sujet est très fort et mon objectif était d’essayer de mettre en résonance cet évènement avec des sentiments qui nous touchent au plus profond de nous. Je voulais interpeller les personnes qui liront ce texte d’une manière presque physique dans ce qu’ils ont de plus personnel en évoquant des choses qui renvoient à la dignité et à l’humanité. Je voulais que ce texte soit dérangeant, révoltant, comme peut l’être le regard que l’on pose sur l’AFRIQUE, les africains, les afro-descendants et les membres de la diaspora de manière large. Regard qu’ils peuvent d’ailleurs eux-mêmes avoir d’eux-mêmes.

 

Ma méthode de travail est toujours la même lorsque j’aborde un sujet, une thématique. J’essaye de résumer toute la problématique en 1 ou 2 mots au maximum. Je les couche sur une feuille de papier. Je me focalise sur ces 2 mots, j’y pense, je m’en inspire, et j’attends de trouver le chemin. Ensuite, j’ajoute petit à petit autour de ces 2 mots, toutes les choses pertinentes qui me viennent à l’esprit. En haut, en bas, sur les côtés... Enfin, j’essaie d’articuler entre eux tous ces concepts comme un puzzle qui constituera la base de mon texte. Cette étape peut prendre un certain temps. Je ne commence jamais à rédiger avant que cette étape soit clairement terminée puisque c’est elle qui forme le squelette de mon texte,

 

Pour ce texte-ci, les 2 mots qui me sont venus à l’esprit sont : AFRIQUE et OCCIDENT.

 

J’ai pensé au lien entre les deux et au fur et à mesure, j’ai ajouté des idées jusqu’à finalement me dire qu’il serait très intéressant de montrer à quel point les rapports entre les deux peuvent être biaisés. Notamment en raison de la falsification historique qui a été mise en place depuis des siècles et qui perdure. Mon but était de mettre en évidence qu’une opinion martelée assez fort, et assez longtemps, qui obtient en plus une validation pseudo-scientifique, devient quasi-indestructible. Elle peut même amener certains des esprits les plus éclairés et les plus brillants à tenir des propos et adopter des attitudes contraires à ce qu’ils considèrent comme leurs propres valeurs, sans même en prendre conscience. Il est donc facile d’imaginer l’impact sur le reste de la société, en particulier sur des enfants noirs qui intègrent (consciemment ou non) le fait qu’ils appartiennent à la seule communauté dont l’apport au monde, d’un point de vue historique, est quasi nul.

 

Utiliser des citations de personnages illustres et qui sont connus (habituellement) pour leur intelligence, leur humanisme et leur ouverture d’esprit me paraissait être la manière la plus singulière et forte, d’aborder cette thématique. Je voulais créer des réactions au moment de la lecture du propos mais plus encore à la découverte de l’auteur de celui-ci.

 

J’ai souhaité également marquer une vraie rupture dans ce texte qui est scindé en deux grandes partie : la première marquée par une grande violence dans les propos et la seconde dans laquelle l’ironie et le second degré sont beaucoup plus présents.

 

cliquer pour voir l'énigme:"Chasseurs et LIONS"

   

Abdou AliF_King

Artiste, stylographiste, illustrateur

Abdou AliF King - artiste, stylographiste, illustrateur

D’un point de vue technique, en tant que stylographiste réaliste, je travaille principalement avec des références photos. Je commence par m'imprégner du sujet pour pouvoir créer une certaine atmosphère, réfléchir à l'angle de vue le plus percutant et ensuite je fais des recherches photos sur internet, dans des livres, etc... afin de regrouper tous les éléments et petits détails que je souhaite intégrer dans ma composition.

 

A partir de là, je passe au crayonné, à main levée (j'utilise parfois un quadrillage pour plus de précisions mais ça reste relativement rare), afin d'avoir les grandes lignes, délimiter les ombres et « highlights », et avoir une base avant de passer à la partie la plus sensible : le dessin au stylo bille.

 

Généralement, lorsque je dessine une personne, je commence par les yeux, le nez et la bouche car c'est principalement là que sont concentrées les expressions et la réussite d'une représentation. Je commence par les zones les plus sombres et estompe vers les zones claires uniquement avec des petits traits délicats jusqu'à remplir la zone définie. Pour ce dessin précis, une fois que je l’ai « terminé » et numérisé, j'ai procédé à des retouches sur ordinateur : touches de couleur, correction de quelques petits ratés/dérapages, ajout de détails tels que les hiéroglyphes et atténuation du fond noir. Toutes ces étapes sont bien entendu longues. Il m'a fallu plusieurs heures par jour et plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour visualiser, commencer et finaliser cette création.

 

La difficulté pour réaliser ce dessin résidait dans le fait qu’il fallait réussir à saisir toute la substance du propos, à en restituer toute la force et l’intensité de façon claire mais sans toutefois être trop explicite, pour coller aux souhaits et au concept de la marque.

 

La seule chose dont j’étais sûr en débutant le travail c’est qu’il fallait que je trouve une image qui serait percutante mais peut-être pas aussi agressive que peuvent l’être certaines citations du texte. C’était difficile de trouver le bon dosage, j’ai fait plusieurs essais avant de sortir avec cette idée de livre déchiré qui était assez parlante.

 

Les livres ont une telle place, dans notre société occidentale et encore plus en France, que le fait de montrer quelqu’un en déchirer un a toujours un impact certain.

 

Ensuite, je voulais symboliser le rapport des égyptiens anciens et des grecs, d’une manière naturelle et l’idée d’un homme avec un bébé m’est venu très vite. J’ai volontairement mis des locks au personnage afin de lui donner un caractère plus moderne. Je voulais que cette scène puisse être transposée au présent. Il tient le bébé avec un air bienveillant car c’est ce qui, historiquement, m’apparaissait le plus proche de la réalité et c’était important de montrer une image très différente de celle qu’on a habituellement des rapports entre les noirs et les blancs. J’ai distillé de petits éléments ci et là (Les petits hiéroglyphes, la photo, le regard adulte du bébé...).

Cliquer sur l'image à gauche: 

travail d'abdou alif king sur da brat

En savoir plus...

Consulter le portfolio de AliF_King